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Journal

de Claude Marc Bourget
Préface

Pourquoi

1er janvier 2021
Esquisses. Croquis. Claude Marc Bourget, 2019.

Me sont revenus les temps de ma jeunesse et de ma première maturité, alors que nous ne vivions pas au cœur des appareils, dans le ventre de la machine, — et maintenant d’une machine sans corps ni lieu.

Série archives 1980-81. Réseaux. Claude Marc Bourget, 1980. Crayons gras sur papier vélin. (59 × 89 cm)

1er janvier 2012. — Las des réseaux sociaux, outré du temps saccagé à naviguer, lire, écrire et parler gros, tout en surface, trop vite, trop court, trop mal, comme en des étourdissements résiduaires et sous l’emprise des nerfs, je me suis souvenu. Me sont revenus les temps de ma jeunesse et de ma première maturité, alors que nous ne vivions pas au cœur des appareils, dans le ventre de la machine, — et maintenant d’une machine sans corps ni lieu. Elle nous abrite, mais nulle part. Elle nous englobe mais ne nous protège plus. Elle nous outille mais nous dessert. Présente et sans vie, elle nous illusionne de faveurs. Les réseaux sont des léviathans surgis de nous-mêmes, grossis de nos humeurs et de notre chair, et dorénavant, plus puissants que leurs créateurs, changés en proies.

Comme en des sacrifices

Rien ne sert pourtant de les ignorer ou de les méconnaître. Il est prudent de les alimenter, comme en des sacrifices la bête ou de mauvais dieux, mais sans en demeurer le jouet trop facile, le fol esclave, le cruel pantin. Sans plus en emprunter la manière, la cadence, la fausse lumière. S’il faut y être, sans doute, il ne faut pas en être.

* Twitter, et surtout Facebook, serviront à ce journal de simples déversoirs. Sans retour à la source. Aucun échange,  hors ici, et sans obligation de ma part (puisqu’il n’y a jamais nécessité, en somme).

C’est la fonction même de ce Journal. Il contribuera au régime des léviathans, mais à la sortie, en ouput*, et tel qu’il est en lui-même et qu’il s’efforcera de résister à l’ingurgitation totale, à la fin de l’ancienne humanité, à la disparition de tout hier.

À cette heure

Lentement. Par des objets simples, de légers combats de terrain, des soucis d’artiste et de faiseur d’œuvres, avec juste ce qu’il faut de technique, bon goûteur des plaisirs du beau et de l’esprit, ces antiques richesses qui rentrent à cette heure de notre nuit au cimetière du monde. L’illusion durera ce qu’elle saura. Ensuite restera le Ciel, vers ces Hauteurs où il n’y a plus de méprise.

Post-scriptum

Quatorze ans plus tard

septembre 2026

Je ne sais pas trop bien. — Depuis cette préface, l’eau a coulé sous les ponts et ailleurs (sous tous les ailleurs), puis en parallèle il y a eu sécheresse ou abandon, déviation peut-être. Non pas des travaux, non, mais du simple Journal. C’est qu’il n’est pas si simple de travailler sur les travaux, tel un oiseau qui décrirait son vol, analyserait, le pauvre, ses plumes au soleil et au vent, ses coups d’ailes, l’angle refermé de ses pattes sous les battements. Il s’écraserait au sol. Sa chance cependant est que, métaphore, il n’existe pas. Or, j’existe et suis doué de cette exacte capacité. Cependant encore, un mur s’élève. Le temps. Et le temps, étant la mort qui me cible, force le calcul, la pesée, la balance des choses. Cela vaut-il la peine et le coup, ce journal, de le faire vivre ou non ? Je ne sais pas trop bien. Avant, c’est le doute. Après, la vérité, avec son milliard de nuances entre la boue et l’or.

Le dernier effort s’appela Sortie / I, au moment de la sortie du premier livre audio, cet immersif, ce cinéma sans image, ce plein audio. Est-ce là que traîne le possible ancrage de la continuité, ou est-ce la ligne du saut, de l’enjambement du trou noir, du silence ? Je ne sais pas trop bien. Du jour de janvier 2012 au matin duquel je préfaçais d’abord au crayon de plomb, à l’imprécise fin de 2026 où je suis à quêter mes mots devant un champ de cathodes, ont couru des mondes. Mais surtout, au fil d’arrivée, apparaît l’IA, lune tournoyante dans un ciel du soir, le nôtre, et dont les cratères visibles sont nos plaies, notre histoire abîmée, tandis que ses reflets, ses réverbérations, ses réflexions imitent les dieux et les âmes*. J’y reviendrai en quelques tableaux.

Sortie / I correspond au premier anniversaire de la sortie de 1265. Le Sagittaire d’Evesham, mon premier livre audio. Ce fut le dernier effort, à demi, de raconter ce qui se passe, amoché par un écho, ma foi, prévisible en sa torpeur. Le livre audio n’est pas né en tant qu’art (on dira mineur) qu’il pullule déjà, à la vitesse que lui permet d’atteindre la libération numérique. La vitesse du désordre. D’une eau de surface au moment de l’inondation. Alors que rien, chez l’humanité des auditeurs possibles, n’a eu un temps de préparation pour le recevoir et le comprendre, le retenir et l’aimer. Enfant de son époque, il n’est plus dès qu’il est. Il passe, déjà derrière le Tout, en queue de comète, écrasé de bruits, mangé, déféqué dans les limbes, sans plus d’unité, de forme, de mémoire. Nous ne produisons plus que du néant, n’enfantons que du noir sur noir, n’engendrons que des disparitions.

Or, j’ai un secret, qui me fait être et créer quand même, que je garde. Je ne le sais que trop bien.

* Je ne m’en sers, pour ma part, au-delà des « facilités » ordinaires, qu’en qualité d’encyclopédie dynamique, de dépanneuse technique, de programmeuse et de conseillère, disons, en des matières comme le bruitage historique (« Y avait-il des trains électriques à Manhattan vers 1930 et d’où les entendait-on ? Et des pigeons parmi les embrasures ? »).

Livre audio

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  2. 16 juillet 2025 Passages / 4. De la stéréo au surround / Ambisoniques & Dolby Atmos 1. La question de la musique (que ne se pose pas le bruit), ou de l’autre côté de la porte Puis, musicalement, on pèse la vieille stéréo. Même dite panoramique , nous emporte-t-elle dans l’espace archétypale ? Peu. P […]⟶
  3. 22 mai 2024 Passages / 3. De l’oreille qui voit. 1. Le son dessine le décor et le geste. La découverte ne fut pas soudaine. D’abord, l’expérience sonore. Apparaissent la physique du son, sa dynamique (il bouge), ses sources (l’émission brute), ses directions (partout où il peut, où coulera son e […]⟶
  4. 17 juin 2023 Passages / 2. Nouveau cycle : le livre audio. Le plan est de réaliser deux livres audio à partir de mes récits, publiés sur une décennie, de 1990 à 2000, aux Édition du Beffroi (Québec), puis aux Éditions Humanitas (Montréal). Ce sont Le Sagittaire d’Evesham et La bataille des Albert […]⟶

Chanson

  1. 16 juin 2023 Passages / 1. De une à quinze (souffle et parole) / fin du cycle des chansons. Au cours du temps, de mon temps à moi, de celui, dis-je, qui m’est imparti, et que je ne mesure pas encore complètement, peu s’en faut, je me suis vu arrêter maintes choses. Non pas pour arrêter en soi, da […]⟶
  2. 7 novembre 2022 Deux poèmes d’Yves Bonnefoy / 3. Mon édition annotée. Voici cette édition de poche * qui m’a donné l’admirable poète. Elle est bien fatiguée de mes consultations, comme on le voit. Puis deux pages annotées, pour la composition. * BONNEFOY , YVES , Du mouvement et de l’immobilité de Douve, Paris, 1970, […]⟶
  3. 4 juin 2022 Deux poèmes d’Yves Bonnefoy / 2. De l’interprétation S’agissant d’interpréter ces textes, j’ai choisi, malgré la tentation, de ne rien lire à leur propos. L’œuvre de Bonnefoy, qui fut lui-même professeur au Collège de France, attire l’exégèse et fait le bonheur de l’appareil universitaire. Elle offre l […]⟶
  4. 3 juin 2022 Deux poèmes d’Yves Bonnefoy / 1. J’ai obtenu un accord, il y a peu, via le Mercure de France, son éditeur, pour mettre en chanson deux poèmes d’ Yves Bonnefoy — poète magnifique, décédé le 1 er juillet 2016 à Paris. Il s’agit de Menaces du témoin ( in Hier régnant désert) et de Dévotion , tous deux par […]⟶

Improvisation musicale

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  2. 3 janvier 2021 De l’improvisation / 5. Note de 2021. Recyclage. Il y a également une improvisation dans la sphère de l’écriture musicale et dont je n’ai pas encore parlé ici. J’en ai retenté l’aventure à plusieurs reprises après 2006 (1) pour ma part au moyen de transformations d’une matière brute, le plus s […]⟶
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