
Compositeur · Auteur · Producteur
Du piano solo au livre audio immersif en Dolby Atmos, en passant par la composition et la littérature — une œuvre qui traverse les formes, les disciplines et le temps.
Pianiste, compositeur, auteur, Claude Marc Bourget se consacre à la musique depuis les années 1970 — autant en jazz qu'en musique contemporaine et même en chanson —, de même qu'à la littérature de fiction, à la philosophie et à l'histoire.
Autodidacte en musique, formé aux lettres, il se fait connaître dans les milieux de la musique improvisée à Montréal au début des années 1980. Après une tournée en France avec l'Ensemble de Musique Improvisée de Montréal, il se tourne pendant une vingtaine d'années vers la littérature, publiant récits, romans et entretiens aux Éditions du Beffroi et aux Éditions Humanitas.
De retour à la musique en 2006, il produit plusieurs albums au piano solo, développe un langage de composition mêlant instruments réels et virtuels, puis adopte la chanson française comme nouvelle forme d'expression. Le même goût de la synthèse le conduit aujourd'hui au livre audio, où texte, musique et son se rassemblent dans son studio professionnel 7.1.4 Dolby Atmos pour donner naissance à des œuvres sonores immersives.









Récit médiéval épique interprété par Éric LeBlanc. Premier livre audio immersif en français conçu nativement en Dolby Atmos pour casque — une expérience sonore pensée comme une œuvre à part entière.
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« Suspense articulé. » — Sophie Pouliot, Le Devoir, 2001
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La gloire est le soleil des morts.
Balzac
Je suis Adrien Lepeinteur, alias Adrian Painter. Ma naissance à Montréal fut cause de ce nom postiche et faillit faire de moi un écrivain glorifié dans l'Amérique entière, par l'autel des journaux et des universités yankees.
Le lecteur se souviendra peu de l'affaire abominable qui me fit ainsi frôler la survivance. Affaire dont pourtant quelque dénouement, une nuit, à Manhattan, souffla son bruit jusque loin au-delà de New-York la nombreuse et de son île étrange. Bien souvent, et là plus qu'ailleurs, la croissance des actualités nouvelles étouffe la végétation des faits que nous pensions garder clairs à l'esprit. Mais il me semblera toujours qu'après un temps de sang et d'encre coulés, les journalistes de la City, les greffiers de Washington, les annalistes du crime, toute une race écrivante conspira quelque effacement de cette affaire-là, son nettoyage, — un certain silence, sur elle, du papier.
Or à présent, c'est égal et tout un. Je me décide à donner acte de ce qui se passa chez Gregory Matthewsen & Co., Publishers, tandis que s'y levait, si près de ma pénombre, le soleil des morts. Comme à publier ce que plus tard, malgré la part invincible du néant, il y eut d'aveux inécoutés, de propos inédits et de tardives évidences. Ainsi choisirai-je peut-être un peu, à mon tour, à qui va l'oubli, à qui la mémoire.
Mon arrivée dans l'Université,
par le fleuve où je rembarque aujourd'hui,
vieux et blessé.
À présent que là-bas, pour des raisons incroyables, meurent et dégorgent les premiers pays du couchant, l'Atlantique est une mer de transport et d'écume, plus même océane. Leurs restes plusieurs fois vénérables ont gavé sa grandeur et pénètrent à l'intérieur d'ici, seconde terre occidentale en sa plus haute tierce, qui seule touche au ciel boréal, la North America. Il y a comme une pente du temps vers l'ouest interminable et que fait à peine décliner à soi tout le magnétisme du nord. Je suis né en marge de ce pays des engelures, mais j'en ai connu l'intérieur aussi, du moins entre mes propres limites.
La voie de pénétration est un fleuve immense et repu. Au fond de cette voie, dans l'enfance du fleuve, s'effiloche la matière liquide, comme afin de faire prendre racine à son bagage ; de fines pentes attroupées, pour ainsi dire à contretemps, y font une armée de rapides et de chutes. Et dos à cette agitation battante, appuyée au cœur du combat, Montréal est assise, ville insulaire qui regarde à son port remonter la difformité sinueuse et très impure de la longue masse d'eau. Mes aventures m'ont conduit à croire que cette île du dedans fait partie des premiers restes voyageurs du premier occident ; plantée là comme un coin, elle maintiendrait l'écartement des bords de la cassure, grande ouverte la voie et bien tendu, surtout, le piège à ses pareils. Presque tout ici suppose en fait une guerre entre des vestiges.
Ce qu'à cette époque il m'arriva tantôt de croire, tantôt de savoir, en cette université de faire, si haut perché et sous pareille protection, je voudrais donc en livrer le fil à mes semblables. Mais c'est en les priant d'absoudre ma faible plume, qui plie sous le temps. Ils ne peuvent lui tenir rigueur des apprêts dont elle cherche à revêtir ses manques et ceux, plus nus encore, de ma mémoire épouvantable. Depuis cent ans que je n'ai pas écrit ni lu, et tandis que je navigue de nouveau sur la masse du fleuve, mais à l'envers et criblé de plaies, le plus ardu est d'ordonner mes paroles autour de la procession des faits étranges qui m'ont blessé de la sorte et retiré du monde si longtemps.
Worcestershire, le 4 août 1265
Je crois à mon étoile, qui est bonne, mais par les plaines marneuses où j'accompagne mon prince, qui aime son archer comme sa plus belle bête de chasse, je vais également sous les fatigues d'une progression sans trêve ; et j'ai déjà vu combien les choses de la terre aussi peuvent influencer mon œil et ma flèche.
Nous sommes presque vingt mille hommes à avancer par une lune humide, qui, tels des loups, combattons des chiens. C'est depuis le jour d'hier qu'il me semble, nous avons repris une route victorieuse.
Simon de Montfort s'était appuyé sur les Gallois indociles pour nous prendre des châteaux, mais nous avions gardé les ponts de la Saverne, et, au-delà du dernier, à battre la rive galloise, nous l'avions refoulé à la ville que là-bas on appelle Casnewidd ar Wysg. Sur ce golfe où elle est, l'attaque de ses navires par nos galères lui avait bloqué la rive anglaise et achevait de l'enfermer sur les landes de Sir Fynwy. Or, de Montfort avait à l'est son fils accourant de Londres à dessein de nous coincer entre eux deux.
« Bourget trouve les accents de Léon Bloy pour dénoncer le désossement de l'histoire auquel se livreraient les vulgarisateurs. On ne peut qu'apprécier sa connaissance de l'archive et de l'époque. » — Bernard Andrès, Les Cahiers des dix, n° 60, 2006
Je termine la lecture de La Misère des niches et, tout en résumant cet essai à ma manière, j'aimerais faire part ici, dans mes propres mots, des commentaires qu'il m'inspire et de mon interprétation de la conjoncture qu'il éclaire. Je me suis obligé à être bref.
Il faut d'abord féliciter l'initiative qu'est ce livre. Nous tenons un rapport sur une situation inquiétante : le dossier général, actuel et documenté d'un dysfonctionnement à grande échelle de l'industrie musicale, dans un contexte de mondialisation par le numérique. L'explosion des ressources technologiques, dans leur conjonction avec une offre exponentielle des contenus, ont créé un dispositif commercial immense et dominateur. Des derniers rouages de ce dispositif résulte le streaming musical — une diffusion continue à bas prix ou à prix nul.
Ce dispositif, sous prétexte de servir et sous couvert d'innovation, est devenu le maître. Il loge dans le fait que la machine, pour bien naître et grandir, a su s'alimenter au pâturage mondial des œuvres que par détresse ou convoitise, par innocence ou méprise, les créateurs et producteurs ont sacrifié sur la promesse d'une nouvelle ère. Erreur fatale qui, en fin de course, les dénude et les amoindrit jusqu'à presque rien. Pire, ce sacrifice des œuvres a non seulement dévalué leur statut commercial, mais affaibli l'appréciation intellectuelle, le regard esthétique et l'écoute sensible qui leur sont dus.
D'où un effet dévastateur sur le sens même de la critique musicale. J'ai aimé qu'Alain Brunet sache inclure de façon authentique la misère du critique à son tableau des tempêtes. Ce livre, derrière un large éclairage sur l'état des lieux, est un acte d'attention et d'amitié envers l'artiste.
Autre conséquence : la rectitude ou la standardisation outrageante des formes, des styles et de l'expression permise, le nivellement autocratique des œuvres et des manières de faire, l'appauvrissement déterminé de la musique en tant qu'instrument redondant de séduction des audiences. Le Québec, en son exigüité géoculturelle, livre à notre intelligence une version paroxystique de cette affection.
Que faire ? Alain Brunet propose les grands outils qu'un premier inventaire indique. Renvoyons le lecteur à La Misère des niches, où il lira le détail et l'articulation des moyens, dans une forme introductive mais avec suffisamment d'esquisses parlantes pour allumer les esprits et inspirer l'action.
J'aimerais conclure avec une suggestion tactique, à plus modeste échelle. Elle concerne les créateurs et producteurs dans leur capacité individuelle et ordinaire. C'est le refus net du streaming. La grande majorité des artistes et producteurs n'y ont rien à perdre, sauf leurs rêves et la promesse d'un ciel inventé. Retour aux extraits puis à l'achat. La soif du public pour la musique ne résistera pas à la dépense. Plus encore, l'audience sera plus attentive, car l'achat est une implication, un pas précis, décidé, vers l'écoute.
Les grandes transformations, les grands retours, les renaissances, les plus fortes libertés ne sont pas le fait d'un plan ou d'un calcul, mais le résultat de mouvements organiques amorcés par un seul, jamais seul, sous un vent favorable, du hasard naturel et du mystère des matières, des pensées et des êtres qui se croisent, parlent, dansent et rient, forts de vivre, de sentir et de créer.
Claude Marc Bourget, juin 2018
Jean Renaud et Claude Marc Bourget, les plus grandes plumes vivantes au Québec, qui surclassent largement bien de nos écrivaillons radicaux-nationaux et dont la presse gaucho-révisionniste ne parle bien sûr jamais.
Maurice G. Dantec · American Black Box, Albin MichelPour toute demande relative à la musique, aux livres audio, à la production ou aux médias :
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